Est-il utile de vous inciter très fortement à vous rendre à cette exposition que vous soyez férus de photographie ou non si vous vivez ou êtes de passage à Paris ? Particulièrement si vous êtes novices, je vous invite à vous rendre lors des visites commentées du samedi matin qui vous donneront les clés nécessaires à la compréhension du travail de Willy Ronis.
Willy Ronis
Ronis à ses débuts devient malgré lui portraitiste de studio en 1932, dans le but de maintenir la famille au moment de la maladie de son père photographe de quartier. Mais ses 1er clichés parisiens montrent déjà son désir de montrer une autre photographie. Viendront par la suite ses premières commandes dont ses divers reportages sur le monde ouvrier.
Malgré des passages à vide avant son retour en force lors des rencontres d’Arles en 1980, il pris des photos jusqu’en 2001 avant de s’éteindre en 2009 à 99 ans. On peut dire que la carrière de photographe de Willy Ronis fut longue et riche. L’exposition propose également de nous montrer les nus qu’il a réalisé, un pan moins connu de son oeuvre.
Apôtre de la photo de rue
Willy Ronis disait « Je ne crois pas qu’une fée spécialement attachée à ma personne ait, tout au long de ma vie, semé des petits miracles sur mon chemin. Je pense plutôt qu’il en éclot tout le temps et partout, mais nous oublions de regarder. » En marge des reportages qui lui sont commandés, il passera beaucoup de temps à observer, à attendre le bon moment avant de déclencher son Rolleiflex.
Toute ma vie, j’ai préféré la photo de rue, la photo « réelle », la capture du moment unique, celui où surgit une péniche sous un pont ou une femme avec un landau en bas d’un escalier…
On pourrait rapprocher ces mots de l’instant décisif de Cartier-Bresson. Je pense que tous les photographes qui comme moi aiment ce que l’on appelle maintenant le street, attendent ce moment magique où il se passe quelque chose et qu’on est là pour le saisir. A l’air du numérique, on ne peut être qu’admiratif de ces photographes classiques qui ont su immortaliser ces moments de grâce avec la contrainte de la pellicule qu’il ne faudrait pas gâcher.
Enfin, Ronis s’est souvent inquiété de sa légitimité à photographier certains de ces moments. Moi-même, je me pose souvent cette question : ai-je le droit de prendre ces gens en photos, dois-je leur demander une autorisation qui briserait complètement le naturel de cette scène ?
Photographie de l’humain, photographie du bonheur
Ronis voulait montrer cette humanité qu’il aime : le couple qui s’embrasse devant un bistrot, les gamins qui se rendent à l’école ou qui font des bêtises, la syndicaliste qui arrangue les grévistes ou bien sa propre vie intime. Une des salles de l’exposition est consacrée aux photographies que Willy Ronis a pris dans son cercle intime familial. Or certaines de ses photos de famille sont bel et bien devenuent iconiques, tel que le nu provençal.
Le travail de Ronis restait le même qu’il s’agisse d’une commande ou de photos familiales. Il racontait lui-même : “dans les deux cas il s’agit d’une activité foncièrement sentimentale et ludique, puisqu’elle se manifeste, soit chez soi dans un moment de détente, soit en week-end, soit en vacances. Se trouvent par là-même associés, quel que soit celui qui photographie, le désir de conserver, au fil du temps, et la mémoire des lieux et celle des êtres qui nous sont chers. En bref, c’est une photographie du bonheur.”
Depuis quelques années je me suis astreinte à cette tâche au sein de ma famille. J’ai envie que l’on se souvienne des moments heureux et que ces images soient assez belles pour qu’on veuille les imprimer, les montrer fièrement à ceux qui suivront. Je souhaite qu’on leur lègue plus que des photos laides, éphémères, snapchatées et qu’ils soient fières et admiratifs de cette mémoire photographique qu’on leur laisse comme je garde moi-même précieusement les quelques photos anciennes que je possède de ma famille.

Infos utiles :
Willy Ronis par Willy Ronis
Jusqu’au 2 janvier 2018
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant – Paris 20
Horaires : Du mardi au samedi de 11h00 à 18h00
Tél : 01 58 53 55 40
Entrée libre
Visites commentées gratuites tous les samedis à 11h
- CategoryExpo
- TagsParis, Photographe, Street, Willy Ronis



